Le peer review repose sur un postulat simple. Des experts indépendants évaluent un travail avec objectivité, sans lien d’intérêt avec les auteurs. Cependant, l’intégrité du peer review est de plus en plus mise à l’épreuve par des pratiques frauduleuses.
Une manipulation qui prend plusieurs formes
Le COPE alerte régulièrement sur une fraude en progression. Des auteurs suggèrent eux-mêmes de faux relecteurs, ou créent de fausses adresses e-mail pour contrôler leur propre relecture.
• Les faux relecteurs suggérés
De nombreux systèmes de soumission permettent aux auteurs de proposer des relecteurs. Cette fonctionnalité est devenue un point d’entrée pour la fraude. Une identité fictive ou une adresse contrôlée par l’auteur suffit à en abuser.
• Les cercles de relecture croisée
Un groupe de chercheurs se recommande mutuellement comme relecteurs sur ses propres manuscrits. Ce système fermé annule alors l’indépendance affichée du peer review.
• La négligence sur les numéros spéciaux
Sur les numéros gérés par des rédacteurs invités, le contrôle qualité est parfois moins strict. Ce point d’entrée est régulièrement exploité par les paper mills pour publier plusieurs manuscrits rapidement.
Pourquoi ces manipulations sont difficiles à repérer
Une fois le manuscrit accepté sur la base d’avis fabriqués, le problème devient visible seulement après publication. Il est souvent découvert lors d’une enquête déclenchée par un signalement externe. À ce stade, la seule option restante est la rétractation.
Les indicateurs à croiser en amont
Certains signaux, pris isolément, ne sont pas nécessairement suspects. Leur combinaison, en revanche, doit alerter un comité éditorial :
- des relecteurs suggérés sans affiliation institutionnelle vérifiable ;
- des délais de relecture anormalement courts sur un manuscrit complexe ;
- des rapports très favorables mais peu substantiels ;
- une concentration inhabituelle de manuscrits sur un même numéro spécial.
L’intégrité du peer review commence souvent par les références
Un lien est trop souvent négligé. Les manuscrits qui manipulent le peer review présentent aussi, dans de nombreux cas documentés, des irrégularités dans leurs bibliographies. On y trouve des références fabriquées ou des citations circulaires entre un même groupe d’auteurs.
Ainsi, un contrôle rigoureux des références ne protège pas seulement contre la fraude aux citations elle-même. Il constitue également un signal précoce sur l’intégrité globale d’un manuscrit. Miser sur une vérification systématique des références, en complément de la vigilance sur le choix des relecteurs, sécurise donc deux maillons étroitement liés du processus éditorial.
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