Un article rétracté peut continuer d’être cité pendant des années après son retrait.
La base de données le signale. Le DOI reste inchangé. Pourtant, cinq ans plus tard, l’article continue parfois d’être cité des dizaines de fois dans des publications qui n’ont jamais vérifié son statut. Ce phénomène n’est pas marginal. Il constitue l’un des angles morts les plus persistants de l’édition scientifique. Surtout, il touche directement la crédibilité des revues qui publient ces citations sans le savoir.
Pour les rédacteurs en chef et les équipes éditoriales de revues STM (scientifique, technique, médical), ce risque est particulièrement insidieux. En effet, il ne se voit pas toujours au moment de la publication. Il s’accumule silencieusement dans les archives jusqu’à ce qu’un lecteur, un journaliste ou un comité d’éthique le découvre.
Une étude publiée dans Quantitative Science Studies (MIT Press) par Tzu-Kun Hsiao et Jodi Schneider confirme que la rétractation ne met pas fin à la diffusion d’un article. Les auteurs ont analysé 13 252 contextes de citations publiées après rétractation. Seuls 722 d’entre eux, soit 5,4 %, mentionnaient explicitement que l’article cité avait été rétracté. Ils rappellent également une étude antérieure portant sur 460 articles rétractés en génétique, qui avait montré que 23 % de leurs citations avaient été publiées après leur rétractation. Autrement dit, dans la grande majorité des cas analysés, le statut de l’article rétracté n’était pas signalé dans le contexte de citation. (Tzu-Kun Hsiao et Jodi Schneider, Quantitative Science Studies)
Un exemple donne la mesure du problème dans la durée : la chercheuse Jodi Schneider a documenté le cas d’un essai clinique frauduleux toujours cité onze ans après sa rétractation — avec une hausse des citations après le retrait plutôt qu’une baisse (University of Illinois News Bureau).
Pourquoi les articles rétractés continuent d’être cités
Une rétractation signale qu’un article ne doit plus être considéré comme une source scientifique fiable sans tenir compte de l’avis de rétractation. Pourtant, elle ne met presque jamais fin à sa circulation bibliographique. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi un article rétracté peut continuer d’être cité.
• Les métadonnées de rétraction sont fragmentées.
Les informations de rétractation peuvent être réparties entre plusieurs sources et ne pas apparaître de la même manière selon les outils consultés. Ainsi, l’éditeur d’origine peut signaler un article comme rétracté sans que les autres bases utilisées par les chercheurs intègrent immédiatement cette information. Cette fragmentation complique donc la vérification des références bibliographiques.
• Les logiciels bibliographiques ne vérifient pas toujours le statut des références.
Zotero, EndNote ou Mendeley permettent d’importer un DOI et ses métadonnées. Cependant, ces outils ne garantissent pas qu’un auteur soit informé du statut de rétraction d’une référence. Par conséquent, un chercheur peut citer un article rétracté sans recevoir d’alerte suffisamment visible.
• Le processus de relecture ne couvre pas toujours ce point.
Les reviewers évaluent principalement la pertinence scientifique, la méthodologie et les résultats d’un article soumis. En revanche, ils vérifient rarement le statut de chaque référence bibliographique. Or, un article peut contenir plusieurs dizaines de références. Par conséquent, les équipes éditoriales doivent consacrer beaucoup de temps à une vérification manuelle, DOI par DOI.
• Les citations en cascade perpétuent l’erreur.
Citer un article rétracté n’est pas nécessairement problématique en soi : une citation peut être légitime lorsqu’elle mentionne explicitement la rétractation ou analyse le cas concerné. En revanche, citer un article rétracté comme une source scientifique valide sans signaler son statut peut avoir des conséquences concrètes pour une revue.
Un risque qui dépasse la simple erreur bibliographique
Citer un article rétracté n’est pas une simple imprécision de forme. Cette pratique peut avoir des conséquences concrètes pour une revue scientifique.
- Risque scientifique : si les conclusions de l’article s’appuient, même partiellement, sur des données ou une méthodologie invalidées par la rétractation, la validité de la nouvelle publication peut être remise en question.
- Risque de réputation : les citations d’articles rétractés sont de plus en plus documentées publiquement, notamment via Retraction Watch. Elles peuvent également être relayées dans la presse scientifique ou sur les réseaux professionnels.
- Risque éthique et éditorial : pour les revues qui suivent les recommandations du COPE, la présence de références rétractées utilisées sans contextualisation peut révéler une faiblesse dans le processus de contrôle éditorial.
- Effet cumulatif sur les indicateurs bibliométriques : les citations d’articles rétractés continuent d’alimenter les données bibliométriques et peuvent maintenir artificiellement la visibilité de travaux invalidés.
Pour les revues indépendantes ou les petites structures éditoriales, le problème est encore plus difficile à traiter. Ces équipes disposent souvent de moins de ressources qu’un grand groupe d’édition pour mettre en place une vérification systématique des références bibliographiques.
Pourquoi la vérification manuelle atteint ses limites
Un article scientifique contient souvent entre 30 et 80 références bibliographiques, parfois davantage.
Vérifier chaque référence afin de repérer une éventuelle rétractation représente donc un travail considérable. Pour chaque référence, l’équipe éditoriale doit potentiellement vérifier le DOI, consulter plusieurs bases et identifier un éventuel avis de rétractation. Multiplié par le nombre d’articles traités chaque année, ce contrôle devient difficile à systématiser.
Il repose alors souvent sur la vigilance individuelle des auteurs, reviewers ou secrétaires de rédaction. C’est précisément cet écart entre l’exigence éditoriale et la capacité opérationnelle réelle qui laisse prospérer le risque. D’un côté, chaque référence devrait idéalement être vérifiée. De l’autre, les équipes disposent rarement du temps nécessaire pour effectuer ce contrôle manuellement.
Automatiser la détection des articles rétractés
L’automatisation apporte une réponse structurelle à ce problème. C’est sur ce point précis que se positionne LibScience : automatiser la vérification des références bibliographiques, notamment en croisant les références avec des bases de données de rétractation comme Retraction Watch ou Crossref.
Concrètement, la solution permet à une équipe éditoriale de :
- identifier automatiquement une référence pointant vers un article rétracté ;
- effectuer ce contrôle au moment de la soumission ou de la relecture ;
- recevoir une alerte claire et documentée ;
- éviter de croiser manuellement chaque DOI avec plusieurs bases externes ;
- intégrer cette vérification comme une étape systématique du workflow éditorial.
L’objectif n’est pas de remplacer le jugement éditorial. Il s’agit plutôt de donner aux équipes la visibilité qui leur manque aujourd’hui sur un risque difficile à identifier à l’œil nu. L’éditeur peut ensuite décider si la citation doit être supprimée, remplacée ou conservée avec une mention explicite de la rétractation.
Ce qu’une revue peut mettre en place dès maintenant
En attendant ou en complément d’un outil automatisé, plusieurs pratiques permettent de réduire le risque de citation d’article rétracté.
- Sensibiliser les auteurs dans les instructions aux auteurs et leur demander de vérifier le statut de leurs références avant soumission.
- Inclure un point de contrôle explicite dans la checklist de relecture éditoriale.
- Consulter Retraction Watch Database pour les références les plus citées ou les plus anciennes d’un article soumis.
- Vérifier les DOI des références centrales afin de repérer d’éventuelles mises à jour ou rétractations.
- Documenter le processus pour pouvoir montrer, en cas de question ultérieure, que cette vérification fait partie du workflow éditorial.
Ces mesures réduisent l’exposition au risque. Cependant, elles ne l’éliminent pas complètement. La vérification manuelle reste, par nature, difficile à appliquer systématiquement face au volume actuel de publications scientifiques.
En résumé
Le risque lié à la citation d’un article rétracté est invisible parce qu’il ne se manifeste pas toujours au moment de la publication. Il peut se révéler plusieurs années plus tard, alors que l’article a déjà été lu, cité et intégré à la littérature scientifique.
Pour les revues STM, indépendantes ou institutionnelles, vérifier le statut des références devient donc un véritable enjeu d’intégrité scientifique. Intégrer un contrôle systématique, humain ou automatisé, permet de réduire ce risque et de renforcer la fiabilité du processus éditorial.
À ce titre, la vérification des articles rétractés tend à devenir une étape de contrôle à part entière, au même titre que la détection du plagiat ou la gestion des conflits d’intérêts.
LibScience développe une solution de vérification automatisée des références bibliographiques pour les revues et éditeurs scientifiques, incluant la détection des articles rétractés, l’auto-enrichissement DOI et la vérification de la pertinence contextuelle des citations. Découvrir LibScience
