Une fraude aux citations ne ressemble pas toujours à une manipulation grossière. Elle peut prendre la forme d’une référence réelle, mais utilisée hors de son contexte. Elle peut aussi concerner une source entièrement inventée. Pour un comité éditorial, savoir détecter une fraude aux citations avant publication devient donc une compétence essentielle.

Les quatre familles de fraude aux citations

Il existe plusieurs formes de fraude bibliographique. De plus, chaque forme nécessite une méthode de détection adaptée.

1. La citation fabriquée

La référence n’existe tout simplement pas. Par exemple, elle peut renvoyer vers un article fictif ou attribuer à un auteur des travaux qu’il n’a jamais publiés. C’est pourquoi la vérification systématique des DOI permet souvent de repérer rapidement ce type de fraude.

2. La citation détournée

La source citée existe bel et bien. Cependant, elle ne confirme pas l’affirmation de l’auteur. Dans certains cas, elle peut même la contredire. Ainsi, cette forme de fraude reste particulièrement difficile à repérer avec des outils automatiques.

3. La citation vers une source rétractée

Dans ce cas, l’auteur cite un article que la revue a retiré après sa publication. Toutefois, il peut simplement ignorer cette rétractation. Ce cas justifie donc un contrôle systématique à l’aide de bases spécialisées, comme Retraction Watch.

4. Le cartel de citations

Un groupe d’auteurs ou de revues se cite mutuellement de façon disproportionnée. L’objectif est alors d’augmenter artificiellement certains indicateurs, notamment le facteur d’impact des revues. Par conséquent, une analyse des citations croisées peut aider à repérer ces pratiques.

Les signaux d’alerte à intégrer dans votre grille de lecture

Avant même de vérifier chaque référence, certains signaux doivent attirer votre attention. Par exemple, une bibliographie qui contient un nombre anormalement élevé de références sur un sujet très précis peut sembler suspecte. De même, un taux inhabituel d’auto-citations doit inciter à approfondir l’analyse.

Par ailleurs, certains DOI renvoient vers des articles différents de ceux annoncés dans la bibliographie. Ces écarts constituent également des signaux d’alerte importants. Il faut donc examiner ces anomalies avant de valider le manuscrit.

Pourquoi la vérification manuelle ne suffit pas

Une bibliographie de recherche compte souvent entre 30 et plus de 100 références. Or, vérifier chaque source demande beaucoup de temps, surtout pour un relecteur bénévole. De plus, cette tâche s’ajoute à l’évaluation scientifique du manuscrit.

Par conséquent, les comités éditoriaux peuvent difficilement contrôler toutes les références de manière systématique. Certaines anomalies risquent alors de passer inaperçues avant la publication.

Une détection outillée en amont

La bonne nouvelle, c’est que la majorité de ces signaux peuvent être détectés automatiquement. L’existence de la référence, son statut de rétractation, ou la densité anormale de citations croisées : tout cela peut être vérifié avant qu’un relecteur humain n’intervienne.

Cela ne dispense évidemment pas le comité éditorial de son jugement scientifique sur le fond. En revanche, cela transforme une tâche manuelle chronophage en un filtre systématique, appliqué à 100 % des soumissions. C’est précisément cet écart qui sépare les revues qui détectent une fraude avant publication de celles qui la découvrent après, comme évoqué dans notre article sur les paper mills.

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